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Mon intime conviction de Tariq Ramadan Livre [intctr09]
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Mon intime conviction de Tariq Ramadan livre
Comment analyser les défis et les difficultés liés à la « nouvelle visibilité des citoyens occidentaux de confession musulmane » ? Comment appréhender, lorsqu’elles ne sont pas périmées, les délicates notions de racines, d’identité, d’intégration, d’immigration et de sécurité ? Comment penser posément le fait musulman sans agiter ces outils de « politique émotionnelle » que sont aujourd’hui le foulard, le niqab ou la burqa ?Telles sont quelques-unes des questions auxquelles Tariq Ramadan, fort d’un engagement de plus de vingt ans contre le « clash des perceptions », apporte ici des réponses franches, accessibles et dépassionnées. Dépassant les préjugés et l’incompréhension, il appelle en particulier les musulmans d’Occident à rejeter les réflexes minoritaires et la tentation victimaire, afin d’être des citoyens engagés connaissant leurs responsabilités et leurs droits. À charge, pour les non-musulmans, de les reconnaître comme voisins et citoyens à part entière, afin d’élaborer une vision commune de l’avenir et de favoriser l’avènement d’un vrai pluralisme.Échapper aux « ghettos » mentaux, sociaux, culturels et religieux pour accéder à une nouvelle ère de l’islam occidental : telle est l’« intime conviction » et la chance que Tariq Ramadan invite chacun à saisir, sans distinction de culture ou de foi.
Préambule
DE LA VISIBILITÉ
Les controverses se suivent et se ressemblent. Durant les cinq dernières années, je me suis retrouvé au centre de polémiques qui, au-delà de ma personne, révèlent la nature des problèmes qui traversent les sociétés occidentales. Force est de constater que le pluralisme politique ne garantit point la gestion raisonnable et sereine du pluralisme culturel et religieux. En France comme aux États-Unis, en Belgique, en Suisse, en Angleterre, en Italie, en Espagne, et récemment aux Pays-Bas, j’ai fait face à des controverses nationales dont le point commun était, assez clairement, la nouvelle visibilité des citoyens occidentaux de confession musulmane.
Chaque pays a sa culture, sa sensibilité propre, ses « pointes de friction », et, ce faisant, sa liste spécifiquement ordonnée de contentieux à régler avec l’islam et les musulmans. Le « foulard islamique » vient en tête en France ou en Belgique, les questions liées à l’homosexualité et aux moeurs aux Pays-Bas, les minarets en Suisse, etc. La violence, la femme, la « sharî’a » (charia) sont, entre autres, des thèmes qui reviennent partout et toujours : l’islam fait question. Le point commun de tous ces débats tient à l’installation de générations successives de musulmanes et de musulmans, devenus citoyennes et citoyens de leur pays respectif. Installés, ils sortent de leur isolement géographique, de leurs ghettos sociaux, ou de leur marginalité sociopolitique. Ils sont désormais visibles, comme le relevait, il y a des années déjà, la sociologue Nilüfer Göle. Leur visibilité marque et prouve leur décloisonnement : il ne s’agit pas d’une nouvelle « communauté religieuse ou culturelle » qui s’installe, mais plutôt de l’émancipation d’une ancienne catégorie socioéconomique (doublée d’une appartenance majoritaire à une même origine culturelle et religieuse) qui avait été doublement marginalisée, géographiquement et socialement.
Au gré des controverses et des crises, des peurs s’alimentent et des perceptions se façonnent et s’entretiennent. La crainte, la méfiance et le soupçon s’installent et tous les débats sur la culture et la religion se transforment en polémiques nationales, polémiques qui se caractérisent par des crispations et des surdités inquiétantes. Les médias rapportent les faits, les réactions s’amplifient, les politiciens réagissent à (ou parfois instrumentalisent) la controverse, et nous voilà embarqués dans des dynamiques incontrôlables. Des positionnements se dessinent, une sorte de clivage qui traverse tous les partis politiques, de gauche comme de droite, ainsi que les populations des sociétés occidentales. Alors que l’on parlait hier d’un éventuel « clash des civilisations », j’ai défendu très tôt l’idée d’un « clash des perceptions » : un conflit d’images projetées sur soi et sur autrui, mêlant des doutes (quant à soi), des peurs (quant à autrui), des préjugés, ou simplement de l’ignorance (vis-à-vis de soi et d’autrui). On y trouve aussi parfois des positions idéologiques et politiques peu claires. Dans la nébuleuse des propos tenus, face à la visibilité de cet « autre », les débats récurrents sur « l’identité » deviennent dangereux et produisent exactement le contraire de ce que l’on pourrait espérer. À l’heure des crispations, nos identités deviennent négatives et se forment par distinction (crispation ou rejet) de ce que l’on croit être l’identité de « l’autre ». Il s’agit ainsi d’une « identité soustraite », cloisonnée et rigide, alors que nous aurions tant besoin d’accéder au sens d’une identité multiple, ouverte et en constant mouvement.
Dans la proximité, la présence d’autrui perturbe et gêne. C’est la raison pour laquelle les crises se sont surtout multipliées autour de phénomènes visibles et spectaculaires : foulards islamiques,niqab (voile cachant le visage), burqa, minarets, auxquels il faut ajouter les expressions culturelles ou religieuses perçues comme « étrangères », c’est-à-dire différentes, inhabituelles ou trop « visibles » car pas encore « normalisées » (voire « neutralisées », au sens de rendues « neutres » dans l’espace public). La violence a bien sûr été un facteur majeur d’amplification, avec le rejet d’assassinats aveugles perpétrés contre des innocents au nom de la religion musulmane. Tous ces phénomènes cumulés expliquent la situation présente, et la « nouvelle visibilité » des musulmans continue de provoquer son lot de crises cycliques. Gardons en tête que cette « nouvelle visibilité » est par nature une situation historique transitoire puisque ce qui est nouveau sera un jour ancien.
Nous voici revenus au temps de la dangereuse « politique émotionnelle ». L’autre nom de cette politique qui joue de l’émotion est « le populisme », et aucune société contemporaine n’en est définitivement protégée. Les anciens racismes peuvent encore habiter notre avenir.
Tariq Ramadan - professeur d’études islamiques à Oxford et auteur de plusieurs livres intéressants et profonds sur l’islam moderne - met clairement les choses au point dans ce livre volontairement court, avisé et accessible qui réfute ce qu’il considère être des déformations de sa pensée de même que des critiques injustes. Ramadan a été interdit d’entrer aux Etats-Unis afin d’y enseigner quand son visa a été révoqué en 2004. Il défend une approche moderne de l’interprétation islamique en adaptant – sans l’ignorer – l’approche classique. Il rapporte comment ses premiers jours d’enseignement en Suisse ont cristallisé son sentiment que la solidarité entre les diverses communautés est essentielle, et il y inclut une histoire émouvante avec un de ses élèves mort d’une overdose de drogue. Sa perception du conflit Israël-Palestine offre un changement rafraichissant par rapport aux allers-et-retours convenus et établis sur cette question. Alors que Ramadan plonge avec profondeur dans les questions théologico-sociologiques comme celle des femmes, son affirmation la plus fervente est fondamentale : on peut être sans conflit à la fois un citoyen occidental et un musulman. "What I Believe" ("Mon intime conviction") n’est pas seulement un résumé des positions personnelles de Ramadan mais également une référence quant à la vie musulmane occidentale.
Format: Livre
Edition: Presse du Chatelet
Nombre de pages: 183
Taille: 23*14 cm
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