Afin de pallier cette lacune, Ahmed DEEDAT
s'engage dans la lecture, entre autres, des différents Evangiles,
du Nouveau et de l'Ancien Testament. Après des études
et des recherches minutieuses dans ces livres saints, il sera à
même de déclarer : "Pour chaque point que vous avancerez
au crédit de votre religion, j'en donnerai dix contre".
Cette dernière phrase résume d'ailleurs assez bien l'état
d'esprit du personnage que nous nous proposons d'étudier.
Ahmed Hoosen DEEDAT voit le jour en 1918
a Tadkeshvar dans la Province de Surat, à l'Est de l'Inde.
I1 n'a que neuf ans lorsqu'il rejoint son père, Hoosen Qassim
DEEDAT, en Afrique du Sud, où il est employé comme tailleur
dans Grey Street. Tous deux s'installent alors à Durban. Il
découvre alors en Afrique du Sud le racisme et l'oppression.
Les personnes de couleur sont en effet une minorité écrasée
par les White Rulers (les législateurs blancs) comme il se
plaît à les appeler. Bien que très jeune, il souffre
énormément de cette situation mais en ressortira quelques
années plus tard renforcé dans ses convictions, qu'elles
soient d'ailleurs religieuses ou politiques. Une scolarité
effectuée à l'école islamique, Anjuman Islamic
Madressa située dans Pine Street, lui permet d'étudier
notamment l'Islam et l'Anglais. Par la suite, il poursuit sa scolarité
à l'école laïque située dans Cross Street,
puis à l'école gouvernementale de Carlisle Street. Enfin
il termine ses études en 1934 et trouve alors un emploi dans
un magasin de Waschbank près de Greytown dans la région
du Transvaal, région située au nord-est de l'Afrique
du Sud, puis à la Mission Adams à Amanzimtot.
Cette mission chrétienne marqua
à jamais Ahmed DEEDAT. En effet, s'il travaille en tant que
vendeur dans un petit magasin, il y a, à proximité de
cette mission, un centre de formation pour missionnaires chrétiens.
Des missionnaires qui se plaisent à s'essayer régulièrement
sur les jeunes musulmans employés dans la mission. Ainsi Ahmed
DEEDAT est lui aussi mis à l'épreuve et se voit poser
des questions qui lui paraissent parfois inattendues et auxquelles
il ne sait que répondre. Pourquoi Mohammed a-t-il impose l'Islam
par l'épée ? Comment se fait-il que Mohammed ait eu
plusieurs femmes ? Savez-vous que le Coran est le plagiat de la Bible
? Autant de questions qui indisposent le jeune DEEDAT qui, faute de
formation et de connaissance de l'islam, ne peut répondre.
II souffrira d'ailleurs énormément de cette situation
que lui imposent les missionnaires chrétiens. Une situation
qui n'est pas d'ailleurs sans rappeler celle qu'il connut en Inde
avec les missionnaires britanniques ! Mais la conjoncture économique
mauvaise, à cette époque, l'oblige à conserver
l'emploi qu'il a et donc à souffrir des remarques désobligeantes
de ces missionnaires.
C'est alors qu'il découvre un
ouvrage qui lui ouvrira toute grande les portes de la connaissance
de l'islam. L'ouvrage, publié en 1915, soit trois ans avant
sa naissance comme se plaît à le faire remarquer Ahmad
DEEDAT, s'intitule "Izharu al-haqq" (La vraie vérité).
Cet ouvrage qui empeste le "mildiou" - c'est en ces termes
qu'il en parle - lui fait découvrir l'islam et lui permet d'acquérir
une bonne approche de sa religion afin de la transmettre à
son entourage. Ce livre arme Ahmed DEEDAT, lui fournit du matériel
afin d'assurer la défense de l'islam qu'il sent attaqué
de toutes parts par les missionnaires. Dès lors, fort des enseignements
de cet ouvrage, il organise des rencontres avec d'autres personnes
et leur parle de la religion, de sa religion. Ces rencontres se multiplient
et son auditoire est toujours plus important. C'est au cours d'une
réunion à laquelle il assiste qu'il fait la connaissance
d'un Anglais musulman, M. FAIRFAX. Celui-ci enseigne la religion comparative,
et donne notamment des conférences ayant pour thèmes
les prophéties telles qu'elles sont relatées dans la
Bible. Ahmed DEEDAT suit ces cours avec assiduité. Alors que
M. FAIRBAX sera absent, il proposera de le remplacer, un remplacement
qui durera trois années avec un auditoire toujours plus important.
"Enseigner fut pour moi la meilleure façon d'étudier
!" déclare t-il alors. Si tout semblait le destiner à
devenir employé de bureau, vendeur ou peut-être à
terminer une carrière qui s'annonçait prometteuse à
un poste de direction, déjà le caractère de Ahmed
DEEDAT s'affirme et laisse présager une carrière d'orateur...
Parallèlement à son emploi
de vendeur, il suit des cours du soir au Collège technique
M.L. Sultan. Il y étudie la dactylographie, la comptabilité
et les mathématiques, entre autres matières. Ses cours
l'intéressent de plus en plus et il s'investit énormément
dans ses études. Il s'inscrit également à des
cours ayant trait à la radio, à l'électricité
et quelques autres matières techniques. Il devine déjà
qu'il ne pourra pas rester en Afrique du Sud, il se découvre
une âme voyageuse. Alors il acquiert le maximum de connaissances
et décide d'économiser parcimonieusement en vue d'un
prochain départ. C'est ainsi qu'en 1949 se réveille
de façon encore plus violente cette envie longtemps refoulée
: partir !
C'est le Pakistan qui retiendra son attention.
Un pays qui lui rappelle sans doute l'Inde où il a vu le jour
et qu'il a quitté jeune adolescent. Il séjournera trois
ans au Pakistan. Trois années durant lesquelles son expérience
de la vente et de l'administration lui seront des plus utiles. Il
est employé au sein d'une manufacture textile. Au terme de
ces trois années, des raisons administratives l'obligent à
faire un choix : repartir pour l'Afrique du Sud ou opter pour la nationalité
pakistanaise.
Il décide de retourner en Afrique
du Sud. Dés son retour, un poste à responsabilité
lui est offert au sein de l'usine ou il était employé
auparavant : l'ancien directeur étant décédé,
un poste est vacant, il l'accepte aussitôt. Sept ans après,
sa décision ferme et définitive est prise : désormais,
il travaillera à la propagation de la religion islamique dans
le monde. A partir de ce moment là, il consacrera la majeure
partie de son temps à la mission qu'il s'est alors fixée.
Il s'attache dés lors à travailler le coté psychologique
de son projet, il cherche à développer sa confiance
en lui, il participe à des conférences et des symposiums
et organise des rencontres avec de nombreuses personnalités
afin de débattre des questions religieuses, de soulever des
points d'actualité et de répondre à toutes interrogations
d'un point de vue religieux. Ses connaissances en matières
de christianisme, de judaïsme et d'islam sont sans nul doute
le fait de toutes ces entrevues et d'un travail très minutieux
de mémorisation, d'analyse et de synthèse.
Sa carrière d'orateur débute
réellement en 1954, avec pour cadre le Théâtre
Avalon. Les conférences qu'il donne se succèdent et
connaissent un succès qui l'étonne d'ailleurs, lui qui
autrefois restait muet devant les arguments de son employeur juif
et des missionnaires chrétiens. Sa popularité croissante
le surprend toujours. Il est ainsi invité à donner des
conférences à l'occasion de festivités religieuses.
Un groupe de touristes, un jour, l'a même invité à
se rendre à Johannesburg afin de donner une conférence
pour la célébration de l'anniversaire du Prophète
Mohammed. Il effectue, grâce à cette conférence,
son premier vol en avion. Nous sommes en 1958 !
"Johannesburg, alors pourquoi pas
Durban ?" se dit-il. En décembre 1958, il donne alors
une première conférence, puis une seconde à Durban.
Peu de temps, après l'occasion lui est donnée de s'installer
à 75 kilomètres de Durban. I1 fonde le centre "As
Salaam" (la paix) qui se veut être une mission de formation
pour musulmans. C'est en quelque sorte déjà l'ébauche
du futur IPCI (Islamic Propagation Centre International - Centre International
de Propagation Islamique). L'évolution du nombre de ses conférences
et leur succès le conduisent à décider en 1959
de "faire carrière" en temps qu'orateur. Dés
lors, il donnera régulièrement des conférences
devant un auditoire qui regroupe parfois plusieurs milliers d'auditeurs.
Il est appelé dans presque tous les centres administratifs
de son pays, ainsi que les universités.
Il est également sollicité
à l'étranger : en Europe, aux Etats-Unis, en Afrique,
en Asie, par des pays chrétiens, musulmans, mais aussi bouddhistes,
hindouistes... La conférence qui connut le plus grand succès
fut, sans nul doute et jusqu'à ce jour, celle qu'il tint à
Green Point, dans la région du Cap. Plus de trois mille personnes
l'attendaient ce jour-là. Tout au long de son discours le silence
le plus religieux régnait et une ovation générale
vint conclure celui-ci.
Au tout début des années
50, Ahmed DEEDAT rédige son premier livret : "Mohammed
dans l'Ancien et le Nouveau Testament". Ce livret marque le début
d'une longue série d'ouvrages plus ou moins volumineux, traitant
de sujets divers - religion, politique, sémantique - tous aussi
riches les uns que les autres, et qui incitent le lecteur, qu'il soit
d'obédience musulmane ou chrétienne, à se remettre
en question a chaque question posée ainsi qu'à chaque
réponse donnée. Parmi tous les ouvrages que Ahmad DEEDAT
a rédigé deux sont particulièrement marquants
: "La Bible est-ce la parole de Dieu ?" et "Les Arabes
et Israël: conflit ou conciliation ?" Autant de sujets délicats
qu'Ahmed DEEDAT tentent d'approcher, en établissant une étude
comparative entre l'Islam et les autres religions, et plus particulièrement
le christianisme.
Comment cet homme qui se plaît
à se définir comme un autodidacte réussit-il
à mobiliser tant de personnes lors des conférences données
dans son pays, mais aussi à l'étranger ? Pourquoi ses
ouvrages et ses cassettes sont-ils traduits à présent
? L'Homme est un personnage en lui-même. Il a pour lui un physique
et un caractère fort, persuasif et des connaissances profondes
dans le domaine de la religion, des religions, ainsi qu'un don incontestable
d'éloquence.